Quel modéliste ne rêve pas d’être membre d’un immense club, où la maquette ferait des centaines de mètres de long, où les convois infinis passeraient à un rythme effréné? Un club où tous les membres auraient une implication sans borne? C’est un rêve qui le restera.

J’ai été membre d’un club de trains miniatures pendant six ans. Six ans, ce n’est pas très long, mais c’est suffisant pour voir passer sept présidents, une vingtaine d’expositions et quelques modifications majeures à la maquette. Sans compter un énorme roulement parmi les membres.

J’ai été membre d’un club alors que le DCC faisait sont apparition dans le hobby. On aurait pu penser que cette merveilleuse technologie allait donner un boost incroyable au hobby. Niet.

La réalité

La réalité d’un club de trains miniatures, c’est que moins de 15 % (20 % dans les cas les moins pires) des membres sont actifs. Les autres sont soient des fantômes qui ne daignent même pas venir hanter les lieux, ou encore des membres à temps partiel. Tellement à temps partiel, que c’est à peine si on se souvient de leur nom quand on les voit.

La baisse d’intérêt général face à ce passe-temps depuis les six dernières décennies s’explique facilement : le coût des trains miniatures a explosé, la compétition de la télévision dans les années 1970, des jeux vidéo dans les années 1980, puis du net dans les années 1990 a fait très mal. Les années 2000 ont vu la naissance des simulateurs de train. Mieux que de conduire un modèle en plastique, on peut maintenant être assis virtuellement dans une vraie locomotive. Ajoutons à cela un horaire plus chargé, l’explosion du noyau familial, et l’espace habitable d’une maison toujours plus petit.

Rien pour attirer des gens à payer une cotisation mensuelle dans un club, apprendre des techniques de base en menuiserie, électricité, électronique, modéliste et j’en passe. Les clubs en sont venus petit à petit à ressembler à tant d’autres organisations fondées sur la participation des membres : Chevaliers de Colomb, scouts, activités parascolaires. De moins en moins de monde actif.

Celui qui veut faire changer les choses

Des gens, faisant du modélisme ou non, idéalisent beaucoup ce qu’est que d’être membre d’un club de trains miniatures. Pour eux, c’est d’abord avoir accès à une communauté bondée de connaissances, et une maquette qu’ils ne pourraient se payer. Ils ont raison, en partie seulement. Car c’est aussi arriver dans une organisation avec la tête pleine de projets, d’activités, d’améliorations. C’est vouloir faire changer les choses, créer une révolution. Une révolution qui va entrainer les autres membres vers des horizons captivants. Malheureusement, ces gens frappent un mur.

Celui qui ne veut pas faire changer les choses

Pour qu’un club fonctionne, il doit y avoir une structure. Généralement, cette structure est calquée sur un organigramme d’entreprise : un président, un vice-président, un trésorier, un secrétaire. À cela, ajoutons des comités et un système de vote avec quorum. Bref, rien pour alléger le processus de décision. Mais il reste que c’est un système démocratique, et que la voix de la majorité l’emporte toujours, afin de plaire au plus de personnes possible. Plusieurs clubs fonctionnent avec une procédure des assemblées délibérantes, ou si vous préférez, le lègue du notaire Victore Morin (Code Morin).

Si le Code Morin sert bien la démocratie du club, il est souvent ce qui cause son inaction. Les nouveaux membres ont toujours hâte à leur premier meeting mensuel. Celui où ils pourront déballer leur sac, étaler leurs idées sur la table. Une fois la réunion commencée, c’est vite fait qu’ils se rendent compte que le rêve… demeurera probablement un rêve.

La faute aux grincheux

Plusieurs membres, émulent du Schtroumpf grognon, se terrent dans leur coin. On ne les entend pas, on ne les voit pas. Jusqu’au moment du vote. Alors là, peu importe le projet, leurs objections se mettent à pleuvoir. Peur du changement, méconnaissance du nouveau, ou simplement chiâler pour chiâler.

S’ensuivent une incompréhension, et beaucoup de mécontentement de la part du nouveau membre qui a proposé le projet. Les nouveaux membres ayant une personnalité au profil plus bas assistant à ce genre de scène en déduisent souvent, à tort, que si un nouveau membre ayant de l’audace n’a pas réussi à faire passer ses idées, eux n’ont aucune chance.

Notez que les membres d’expérience peuvent plus facilement faire passer leur projet :ils ont la confiance de l’assemblé, et savent où est la limite.

La faute aux nouveaux

Je m’arrête ici pour donner la faute aux membres grincheux et à la structure des clubs. Les nouveaux membres ont souvent aussi leur tort. C’est beau de vouloir changer l’humanité et refaire le monde. Mais un club, ce n’est pas le monde. Plusieurs nouveaux membres débarquent dans un club avecla ferme intention de le révolutionner, de le remettre au goût et à la mode du jour.

C’est attitude irrespectueuse n’aide en rien à rendre le hobby plus populaire. Avant de soumettre un projet à un club, encore faut-il y avoir vécu un certain temps. Apprendre son rythme de vie, ses règles, ses ambitions. Bref, avoir la sagesse de respecter ceux qui étaient là avant.

Plusieurs personnes veulent devenir membres d’un club dans l’unique dessein d’y imposer leur projet. Parfois, ce ne sont même pas des modélistes. Car oui, pour devenir membre d’un club, il est nettement préférable d’avoir fait ses classes comme modélistes. Un club est un rassemblement de modélistes. Pas une école de formation, qui prend des néophytes pour en faire des experts. Autrement dit, un club, c’est la mise en commun de connaissance. On peut bien devenir membre d’un club avec un savoir minimal, mais comment survivra l’organisation si la majorité de ses membres sont tout frais, et sans base dans le modélisme? Bref, comment vivra l’association si personne n’a rien à partager?

Pour faire passer des projets, on utilise parfois des façons détournées, comme se mettre chummy-chummy avec un membre de l’exécutif, ou faire du maraudage auprès de membres. Le problème, ce qu’un membre de l’exécutif, ce n’est pas le club.

Voyant que leur projet risque de ne pas être accepté, ou bien qu’il le sera, mais après de lourdes concessions, plusieurs prospects ne joignent tout simplement pas les rangs, ou quitte le navire peu après.

Les autres raisons

Bref, la popularité du hobby qui n’est plus ce qu’elle était n’aide pas à peupler les clubs de membres impliqués sur de longues années. Ajoutons à cela l’individualisme qui fait légion dans nos sociétés modernes, et vous avez deux excellentes raisons pour expliquer le manque de popularité des clubs de trains miniatures.

Devenir membre d’un club, c’est accepter de commencer par le commencement. Puis de gravir les échelons en méritant la confiance des autres.

Devenir membre d’un club, c’est accepter de vivre dans une microsociété qui a des règles établies. C’est accepter de suivre ces règles sans les changer.

Devenir membre d’un club, c’est mettre son savoir en communion avec celui des autres.

Devenir membre d’un club, c’est accepter que l’on pratique un hobby. Ce n’est pas trouver un remède contre le cancer, ce n’est pas décider de la vie d’une personne. Mettre de l’eau dans son vin, ça n’a jamais fait de mal.

Le club parfait est toujours dans mes rêves…