Chialeux, voireux, senteux… Tant de qualificatifs qui collent trop bien à notre société québécoise. Ajoutons à cela celui de coach d’estrade.

Avant d’aller plus en profondeur dans le sujet, je dois faire un mea culpa. Je vais changer de pronom. Oui, je n’ai pas le choix, je vais devoir utiliser le « nous », car ce que je m’apprête à dénoncer, j’ai le défaut de le mettre parfois en pratique. Oh! certes, j’essaie de me retenir, mais c’est si tentant.

Que ce soit dans des discussions de visu, ou par des canaux plus anonymes comme les forums de discussion ou les blogues, plusieurs amateurs se font coach d’estrade. Ha! c’est vrai. J’oubliais ma promesse. Donc, je recommence : ON a tendance à se faire coach d’estrade.

L’autobus

Voici la métaphore avec laquelle j’ai souvent expliqué ce phénomène peu enviable, disons-le. L’industrie du chemin de fer, c’est comme un gros autobus intervilles. Vous savez, ces autobus du type « Orléans Express », où les bancs sont plus hauts que le chauffeur? Dans cet autobus, le public en général, qui n’y connaît que dalle au chemin de fer, est assis dans le dernier banc, au fond. Juste à côté de la porte des toilettes qui ne ferme pas. Les amateurs de train, dans l’avant-dernier banc. Les employés dans le banc juste en avant, les superviseurs et cadres de bas niveau dans le suivant, et ainsi de suite. Jusqu’en avant, où le président de la compagnie tient le volant.

De la position du public, on ne voit strictement rien en avant. De la position des amateurs, si on se penche la tête dans l’allée, on voit un peu la route, entre les jambes des passagers en avant de nous. On la voit tellement peu, qu’on ne peut savoir où on est rendu exactement. Pas plus que si on regarde par les fenêtres de côté.

Plus on avance dans l’autobus, meilleure est la vision sur la route. Vous me voyez venir? La route, c’est ce qui se passe en dehors de l’autobus. C’est les clients, les impératifs de l’économie nationale et mondiale.

De la position d’un amateur, impossible de savoir si un nid-de-poule s’en vient, ou si le trafic est congestionné. De la position des vice-présidents, on voit bien les nids-de-poule. On peut conseiller le chauffeur sur l’action à prendre, mais on n’a pas le volant dans les mains.

Le chauffeur, lui il a le volant. Et les responsabilités qui vont avec. Il doit prendre une décision, et la bonne. Pour le bien-être de tous ses passagers. Et soyons honnête, pour son bien-être personnel aussi.

Là où je veux en venir, c’est qu’il est si facile de critiquer quand on est un railfan. As-t’on des responsabilités liées à nos commentaires? Absolument pas. A-t-on des comptes à rendre? Pas plus. Quel est notre risque? Il est nul.

Les amateurs de train que nous sommes vont baser leur analyse sur les livres d’histoire, en se fiant à ce qui « se faisait avant », alors que les gestionnaires d’entreprises basent plutôt leurs décisions sur les livres comptables.

Finalement, on peut bien se moquer des lignes ouvertes sportives avec leurs analystes de salon en robe de chambre, mais avouons-le, on ne fait pas mieux. Et pour la critique constructive, on repassera.

Une business

Ce que les railfans semblent oublier dans leurs discussions, c’est que le chemin de fer, c’est une business. Une entreprise. Une entreprise qui doit faire de l’argent. D’ailleurs, c’est sa raison d’être. Le CN, le CP et VIA ne font pas circuler des trains pour le plaisir des amateurs.

J’ai la chance d’avoir des discussions avec des gens en pouvoir de décision dans cette industrie. Je ne suis pas leur avocat, ni leur porte-parole. Mais disons que j’ai droit à un autre côté de la médaille. Souvent, je lis sur le net des commentaires acerbes de gens qui ne possèdent qu’une partie du problème. Et cette partie n’est pas toujours vraie. Ajoutez à cela le téléphone arabe (le railfan qui eu une information d’un ami travaillant pour la compagnie, lui-même ayant eu cette info d’un collègue, qui a reçu le oui-dire d’un superviseur en jasant comme ça, ce dernier l’ayant appris à la cafétéria d’un autre employé), et vous avez une distorsion parfois épatante de la réalité.

Grâce à ce téléphone, on a fait fermer « virtuellement » des triages et des terminaux dans le cercle des railfans, alors qu’en réalité, on ne faisait que déplacer des opérations. On a rayé de la carte des trains qui n’ont jamais cessé de circuler, et on a crucifié vivant Via, qui connaît les meilleures années de sa vie en terme de fréquentation.

Que des employés aient en grippe leur employeur et rapport des informations très négatives, ça n’a rien de nouveau. Mais lorsque des railfans se complaisent dans la médisance, et rien que ça, sans jamais aborder de nouvelles positives (car il y en a!), ça devient démotivant. Et qui fait le frais de ces coachs d’estrade? Le hobby lui-même. Le lectorat de plusieurs publications et groupes de discussion sans cesse diminuant le prouve. Malheureusement.