Dans mon article « Railfan : la morale élastique », je me suis questionné sur les contradictions morales que plusieurs railfans ont. Maintenant, je me questionne sur un autre point, pas très loin dans le spectre moral : les railfans sont-ils des amis du rail?

Dans l’ensemble, on peut dire que oui. Ils discutent de trains. Ils échangent de l’information là-dessus. Ils fouillent son histoire, son présent et tentent souvent de prédire son avenir. Mais qu’est-ce qu’« être un ami du rail » au juste?

Prêcher par l’exemple

Les amateurs de trains ne sont pas souvent les premiers à prêcher par l’exemple. Je l’ai déjà dit, pas beaucoup d’entre eux voyagent en train. En fait, lorsqu’ils le font, ça doit être « spécial » : une sortie de groupe, louer un wagon complet, avoir droit à une visite back stage des installations, etc. Mais prouver sa passion pour un domaine, ce n’est pas faire des exceptions. C’est agir au jour le jour. C’est aller travailler en train de banlieue. C’est prendre le train avec sa famille, ses amis non amateurs. Bref, c’est initier d’autres personnes à ce moyen de transport.

Que diriez d’un amateur de voiture qui n’en possède pas? Que diriez-vous d’un amateur d’avion qui n’a jamais volé? D’un amateur de mots croisés qui ne sait pas écrire deux mots sans faire de fautes? Que ces gens sont phoney. Quand j’explique à des non-initiés qu’une majorité d’amateurs que je connais ne voyagent pas en train, j’ai l’air de quoi? D’un phoney.

Reconnaissance

Les amateurs de train se disent volontiers « ami du rail ». Si plusieurs d’entre eux connaissent par cœur les caractéristiques mécaniques de la locomotive qui passe devant eux, juste en voyant son numéro, peu d’amateurs s’intéressent de près à ce qui fait vivre le rail. Ses employés. Ses clients. Et ici, je ne parle pas de s’intéresser aux méthodes d’exploitation et à l’économie entourant le chemin de fer. Je parle de s’intéresser à ce que vivent les cheminots. Leurs passe-temps. Les maladies professionnelles reliées au métier. Leur vie de famille. Un ami, c’est aussi à ça que ça sert.

Dans ce contexte, beaucoup d’amateurs se désolent que l’industrie ferroviaire les traite « comme M. Tout-le-Monde ». Mais peu comprennent pourquoi il en va ainsi.

Monter aux barricades

Montrer sa passion, devenir un « ami du rail », ce n’est pas devenir membre d’une société historique coûte que coûte, d’un musée, d’un groupe de railfan structuré ou non et d’acheter pour 2000 $ de billet chez Via Rail. Ces actes peuvent bien prouver notre amitié envers le chemin de fer, mais que valent-ils si on les pose dans l’unique but de s’enlever un poids sur la conscience.

Dans un forum de discussion, j’ai déjà expliqué que des gens ayant à cœur une cause pouvait faire de grandes choses avec de petits gestes. Au fil des décennies, des gens ont été capables de monter de très puissants lobbies de promotion, qui valent aujourd’hui des millions de dollars. J’ai donné cet exemple pour dire que lorsqu’on peut parvenir à nos fins quand on veut. J’ai peut-être mal choisi mon exemple. Une comparaison avec une équipe de personnes dévouées pour les enfants malades aurait peut-être été plus imagée, mais je trouvais l’allégorie de mauvais goût. Bref, l’essence de mon message était que la foi déplace les montagnes, comme dirait l’autre.

Il n’en fallait pas plus pour qu’on me prenne aux mots en affirmant que je voulais fonder un puissant lobby d’amateurs de train pour défendre la Cause.

Dommage, car cet épisode me prouve une fois de plus que les amis du rail ne sont pas toujours les amis qu’on souhaite. Ben quoi, c’est vrai! Qui voudrait d’un ami qui aime profiter de vous quand il veut, et brille par son absence quand vient le temps de vous défendre? Non merci pour moi.

Dans la bonne fortune, il ne faut jamais aller voir son ami sans y être invité, et dans la mauvaise il faut y aller sans en être prié. C’est comme cela qu’on mesure l’amitié.