Ha! Le vingt-et-unième siècle. Le siècle des technologies de l’information, de la conscientisation environnementale, et… de la déresponsabilisation. Aujourd’hui, plus personne n’est responsable de rien.

Tu construis ton chalet sur le bord d’un lac et celui-ci déborde? Pas de problème si ton assureur ne veut pas payer, tourne-toi vers le gouvernement! Tu as un surplus de poids? Poursuit McDonald! Cancer du poumon? Les cigarettiers sont là pour se faire mettre à l’amende par un recours collectif. Les avions te passent au-dessus de la tête alors que ta rue se termine en cul-de-sac aux limites du terrain de l’aéroport? Un coup de téléphone au député pour faire fermer la place s’impose!

Ben non, plus personne n’est responsable de rien, même pas de ses propres retards ou de ses propres actions. « Excuse mon ami s’il t’a donné un coup de poing au visage. Ce n’est pas de sa faute, il est chaud et il ne sait pas ce qu’il fait ». L’excuse du soulon est maintenant bonne à toutes les sauces.

Là où ça rejoint le chemin de fer, c’est quand cette déresponsabilisation se propage aux immatures qui se plaignent du bruit du train, alors qu’ils ont acheté une maison près des voies ferrées. Allô McFly? Y’a quelqu’un?

Si tu achètes une maison proche des voies ferrées, ben attends-toi, un jour ou l’autre, à y voir passer un train.

Dans l’actualité des dernières années, des résidents de Hampstead ont tenté de faire fermer la cour de triage St-Luc du CP, établie plus de 20 ans avant le quartier. Quartier bâti à l’époque pour les employés du chemin de fer. Un comité de citoyen, appuyé par des promoteurs immobiliers, a voulu faire fermer la cour de triage de Pointe St-Charles du CN, parce que le bruit des trains la nuit les dérangeait.

Et ne pensez pas que cette maladie est conscrite à Montréal : des résidents de Ste-Foy ont aussi vainement tenté de faire fermer l’embranchement Champlain du CN. Cet embranchement a été dormant quelque temps, mais suite à l’obtention d’un contrat en 2007, le CN a recommencé à y faire circuler des trains.

Et encore, je ne vais pas parler des règlements municipaux qui interdisent maintenant aux trains de siffler et aux passages à niveau de sonner. C’est que de nos jours, la tranquillité d’un patio au bord de la piscine hors terre l’emporte sur les moyens de prévention qui sauve la vie des gens. Comble d’ironie, les statistiques prouvent que les gens ayant des accidents à des passages à niveau demeurent très souvent à quelques pas de là, car ils ne se méfient plus de l’approche d’un train.

Logique étirée

Pour le plaisir, je me prête à un petit exercice de logique étirée. OK, on donne raison à tous ceux qui se plaignent du passage des trains, et du bruit des cours de triage.On enlève toutes ces voies ferrées. Maintenant, par où vont transiter les marchandises? Par la route! Sachant qu’un train représente en moyenne 150 à 200 camions, c’est autant d’asphalte qui va être démoli en retour. Et qui va payer pour ça? Je vous laisse deviner, sachant que vous connaissez bien la réponse!

On étire encore plus l’élastique? Allons-y! Plusieurs matières en vrac transportées par train coûtent nettement plus cher lorsqu’elles sont transportées par camion. C’est bien pour ça que le train continue de prospérer, non? Alors, lorsque le coût du transport de ces matières va augmenter, à qui va-t-on refiler la facture? Au même Bozo qui paie pour l’asphalte avec ses impôts. Et où le trouverez-vous, ce gentil monsieur? C’est pas compliqué. Sa maison est près d’une voie ferrée qu’on vient d’abandonner parce que le train faisait trop de bruit.

Responsabilité : un mot vide de sens

On apprend à nos enfants à devenir autonomes, et surtout à assumer les conséquences de leur geste. Mais peut-être pas toujours de la bonne façon. J’ai arbitré au soccer à de hauts niveaux pendant des années. J’ai toujours entendu des parents dire à leurs enfants que la médaille qu’ils avaient au cou, ils l’avaient pleinement mérité. C’est vrai. Mais j’ai rarement entendu des parents dire à leurs enfants que la défaite qu’ils ont encaissée, ils l’avaient pleinement mérité. C’était plutôt la faute de l’arbitre, des joueurs malhonnêtes de l’autre équipe, du vent ou de la pluie. Mais pas de la faute du jeune qui n’a pas joué sa position, qui n’était pas assez en forme, ou qui, tout simplement, était plus faible que l’adversaire.

Je vous dis ça comme ça, mais les matchs nuls étant rares, il y avait toujours un gagnant et un perdant. Comme j’ai officié dans plus de 2000 matchs en carrière, je suis donc responsable d’autant de défaites selon cette logique. Faut croire que j’ai le dos large!

Comment voulez-vous qu’un ado qui apprend que si ses échecs sportifs, scolaires et professionnels sont la faute d’autrui, ne devienne pas un chialeux de premier ordre quand viendra le temps de subir un inconfort dû à un train qui passe près de la maison qu’il vient d’acquérir?

Dans les cours de conduite, on apprend aux jeunes conducteurs qu’il faut se méfier des passages à niveau. Même s’ils sont munis de cloche et de feux clignotants, il s’agit de mécanique. Une mécanique qui peut faire défaut. À quand remonte le dernier accident entre un train et une voiture où le conducteur s’en est sorti et a déclaré aux médias « Peut-être que le dispositif d’avertissement est défectueux, mais si j’avais agi en conducteur responsable, je me serais méfié et il n’y aurait pas eu d’accident »? Pas de danger que ça arrive. C’est plus facile de poursuivre le chemin de fer sur l’entretien du passage à niveau, à la condition de pouvoir prouver son point.

Le comble, dans ma ville, à St-Jean, on a récemment refait tous les passages à niveau avec des lisses (barrières). Pourquoi? Une fois de plus, pour protéger les gens face à eux-mêmes, vu que plusieurs accidents sont survenus suite à l’irresponsabilité de conducteurs ayant franchi les feux clignotants (le fonctionnement des passages à niveau n’a pas été remis en cause dans les accidents).

Lorsque des accidents surviennent à des passages à niveau, on fait des enquêtes. Des enquêtes qui servent à trouver des failles mécaniques sur les véhicules en cause. Et c’est là qu’on entend dans les médias et le public, des gens dire que l’enquête servira à démontrer si c’est le train qui est en tort… Misère. Comment voulez-vous que le train soit en tort? Il n’est tout de même pas sorti des rails pour aller frapper le véhicule qui attendait à une distance respectable de la voie! Ce genre de commentaire ne fait qu’alimenter le sentiment du no fault si répandu dans notre société. Qu’on se le dise : à un passage à niveau, la priorité est toujours au train. Face à cela, agissez de façon responsable, et il n’y aura pas d’accident.

Certaines personnes me diront que dans le cas des accidents à un passage à niveau, il peut y avoir eu distraction de la part du conducteur. Vrai. Mais volontairement ou pas, ça n’enlève pas la responsabilité au conducteur du véhicule.

Mis à part quelques rares embranchements industriels et voies de contournement, les voies ferrées les plus récentes au Québec remontent à la construction du QNSL sur la Côte-Nord, à la fin des années 1950. Donc, toute maison achetée après cette époque est inévitablement plus jeune que la voie ferrée située près d’elle.

Mon conseil aux futurs acheteurs de ces maisons : si la voie ferrée passe à proximité, alors un train va y passer un jour ou l’autre. Même si votre agent immobilier dit le contraire. Et un train,ça fait du bruit,même si votre agent immobilier dit le contraire.

Si ces bruits vous dérangent n’achetez pas la dite maison! Point. Assez simple comme truc, non? Et si vous désirez quand même la maison, soyez conséquent avec votre geste, et assumez la responsabilité de vos actes.